En Côte d’Ivoire, la mangue constitue la deuxième culture fruitière d’exportation après la banane dessert. Confrontée depuis plusieurs années à des défis qui freinent son développement, la filière fait désormais l’objet d’une nouvelle approche de régulation par Abidjan.
En Côte d’Ivoire, la filière mangue sera désormais encadrée par le Conseil du Coton, de l’Anacarde et du Karité (CCAK). L’annonce a été faite le mercredi 23 septembre en Conseil des ministres. Selon les autorités, cette décision s’inscrit dans la dynamique de valorisation accrue des produits issus de la filière mangue.
« Cette ordonnance étend aux activités de la filière mangue le champ d’application de la loi n° 2013-656 du 13 septembre 2013 fixant les règles relatives à la commercialisation du coton et de l’anacarde et à la régulation des activités des filières coton et anacarde. Par conséquent, les missions de régulation, de suivi et de développement des activités de la filière mangue sont également dévolues au Conseil Coton-Anacarde », ont-elles ainsi communiqué.
Avant cette réforme, le ministère de l’Agriculture avait déjà engagé des discussions avec les acteurs de la filière. Le 9 juillet, le ministre de l’Agriculture Bruno Nabagné Koné a échangé avec Vincent Omer-Decugis, président de la Société ivoirienne d’importation et de commercialisation (SIIM), un opérateur majeur du secteur.
Les échanges ont porté sur la protection de la filière et le maintien de son accès aux marchés internationaux face à la menace persistante de la mouche des fruits. Les deux parties sont d’ailleurs convenues d’un plan d’action pour renforcer la protection de la production et assurer la continuité des exportations, dont les détails n’ont pas été précisés. Le lendemain, le ministre a également rencontré l’interprofession mangue autour de ces mêmes enjeux.
Une filière stratégique au potentiel encore peu exploité
En Côte d’Ivoire, la filière mangue reste fortement orientée vers l’exportation de fruits frais. La filière s’est d’ailleurs fortement consolidée sur ce segment au cours de la dernière décennie.
Les données compilées par la Direction générale des douanes montrent que le volume de mangues expédiées par la Côte d’Ivoire a plus que doublé, passant de 27 600 tonnes en 2015 à 64 100 tonnes en 2024. Et si les expéditions ont évolué en dents de scie sur la période considérée, elles ne sont pas descendues en dessous du seuil des 30 000 tonnes.
Parallèlement, les recettes d’exportation générées par la filière ont également augmenté, passant de 8,9 milliards de francs CFA (15,4 millions $) en 2015 à 26 milliards de francs CFA en 2024.
Toutefois, ces performances à l’export ne reflètent pas l’ensemble du potentiel de la production ivoirienne. En 2024, sur une récolte estimée à 198 700 tonnes par le ministère de l’Agriculture, seulement 32 % environ (64 100 tonnes) ont été expédiées à l’étranger. Une partie importante de la production reste ainsi à valoriser sur le marché intérieur ou à travers d’autres débouchés.
La question de la valorisation prend une importance particulière quand on sait que la filière reste confrontée à des pertes post-récoltes élevées. Selon les données citées par le Programme d’appui au développement des filières agricoles (PADFA), celles-ci peuvent atteindre jusqu’à 40 % de la production nationale de mangues chaque année.
Dans ce contexte, le développement de la transformation est apparu comme un moyen de donner davantage de débouchés à la production, de limiter les pertes et d’accroître la valeur ajoutée créée localement. Cette orientation n’est pas nouvelle. En décembre 2024, le PADFA avait annoncé rechercher 14 milliards de FCFA auprès du secteur privé pour financer une unité agro-industrielle dédiée à la transformation de la mangue dans le nord du pays. Les autorités estimaient alors que moins de 2 % de la récolte ivoirienne de mangues était transformée localement.
En étendant à la mangue les missions du CCAK en matière de régulation, de suivi et de développement, le gouvernement renforce le cadre institutionnel d’une filière appelée à mieux structurer les différents maillons de sa chaîne de valeur. Reste désormais à voir comment cette nouvelle organisation se traduira concrètement pour les acteurs de la filière.
Source : Agence Ecofin