Dans la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ( CEDEAO), le riz est la céréale dont la consommation connaît la croissance la plus rapide. Dans la sous-région, l’objectif est de parvenir à l’autosuffisance d’ici 2035.
C’est le vice-ministre ghanéen des Finances, Thomas Nyarko Ampem, qui a donné le ton lors du lancement de la Table ronde sur l’investissement rizicole, qui s’est tenu à Accra, du 2 au 3 juin 2026. « L’Afrique de l’Ouest n’a pas besoin de nouvelles déclarations d’intention : il faut mettre en place des portefeuilles de projets bancables capables d’attirer des capitaux de long terme à grande échelle. En clair, le temps n’est plus aux discours sur le potentiel rizicole de la région », a dit le ministre ghanéen.
Co-organisé par la Commission régionale de la CEDEAO, le gouvernement ghanéen et le Groupe de la Banque mondiale (WBG), ce rendez-vous inédit de haut niveau veut passer à une vitesse supérieure après la mise à jour des ambitions dans le riz ouest-africain. En décembre 2024, les chefs d’État de la CEDEAO avaient en effet approuvé à Abuja, au Nigeria, la Feuille de route régionale pour le riz sur la période 2025–2035, qui vise les 34 millions de tonnes de riz blanchi produit, un niveau qui permettrait à la région d’être autosuffisante.
En outre, 13 États membres ont franchi une étape importante en élaborant et en validant un Plan d’action national d’investissement rizicole (PANIR), qui identifie des portefeuilles d’investissements bancables ainsi que des bassins de production prioritaires. Dans le même temps, ces efforts régionaux ont été appuyés par l’initiative « AgriConnect », lancée par le Groupe de la Banque mondiale en octobre 2025.
Visant à transformer l’agro-industrie et à améliorer les moyens de subsistance de 250 millions de petits exploitants agricoles dans le monde d’ici 2030, ce programme a identifié le riz comme une chaîne de valeur clé en Afrique de l’Ouest, capable de stimuler la création d’emplois, de renforcer la sécurité alimentaire et d’attirer les investissements privés.
Un défi financier de 24 milliards USD
Un tel cadre global étant désormais posé, la Table ronde entend réunir deux jours durant, institutions financières internationales, banques commerciales et investisseurs privés, pour les inciter à sortir le chéquier. Et pour cause, un montant maximal de 24 milliards USD, soit 13607 126 400 000 francs Cfa, pourrait être requis pour déployer la feuille de route régionale sur les 10 prochaines années. Cela comprend 19 milliards USD en dépenses d’investissement qui feront la part belle à des domaines d’impact comme le stockage, la transformation, la mécanisation, et 5 milliards USD pour les dépenses opérationnelles dans l’amélioration de l’accès au financement et aux systèmes d’intrants. Si cette enveloppe est d’envergure, le temps presse pour la sous-région dont la demande en riz progresse de 4 % par an, contre une croissance de 3 % de la production selon les données de la CEDEAO.
Avec un taux d’autosuffisance d’environ 60 %, la filière régionale doit non seulement se mettre en ordre de marche pour absorber la demande actuelle mais aussi celle future afin de limiter les importations qui atteignent déjà chaque année les 3,5 milliards USD.
« L’Afrique de l’Ouest doit considérer le riz comme un actif économique stratégique. Il s’agit d’emplois pour notre jeunesse, de revenus pour les agriculteurs et du renforcement de la résilience de nos économies face aux chocs mondiaux à venir. Libérer le potentiel rizicole de l’Afrique de l’Ouest exigera des capitaux transformateurs, patients, compétitifs, orientés vers les infrastructures et capables de renforcer l’ensemble des systèmes agricoles», a expliqué Jane Naana Opoku-Agyemang, Vice-présidente du Ghana lors de son allocution d’ouverture de la cérémonie.
Des résultats concrets attendus
Pour attirer les financements, les organisateurs comptent mettre en avant lors du sommet, les opportunités d’investissement prêtes à l’emploi issues des 13 plans d’actions nationaux, en insistant sur les interventions à fort rendement, évolutives et commercialement viables. Selon les organisateurs, le déploiement de 3 500 systèmes communautaires d’irrigation solaire pourrait augmenter les rendements de 2 à 3 tonnes/ha et générer un retour sur investissement de 20 à 30 %, au bénéfice de 50 000 agriculteurs, pour un coût de 43 millions USD. Pendant ce temps, la formation de 7 000 entrepreneurs semenciers sur 300 000 hectares pourrait générer 0,6 million de tonnes de riz paddy supplémentaires, pour un coût estimé à 14 millions USD.
À l’issue de ce rendez-vous de deux jours, plusieurs avancées phares sont attendues de la table ronde. Le premier est la mobilisation d’engagements financiers immédiats, sous forme de promesses d’investissement, de lignes de crédit, de garanties ou de partenariats public-privé. Le second est l’adoption d’un Pacte régional d’investissement rizicole, qui doit formaliser les engagements, les responsabilités et les prochaines étapes.
Ce pacte donnera une base commune aux pays de la région pour suivre les progrès et coordonner les interventions. Un autre résultat attendu concerne le renforcement de la coordination institutionnelle. La CEDEAO souhaite revitaliser l’Observatoire du riz, qui devra jouer un rôle central dans le suivi des engagements, l’évaluation des résultats et la capitalisation des bonnes pratique.
A/S