Le Sénégal entend exploiter le potentiel des technologies nucléaires afin d’améliorer les performances de son agriculture et de relever les défis liés à la sécurité alimentaire. Cette ambition a été au cœur d’une rencontre régionale sur les sciences nucléaires appliquées à l’agriculture, organisée du 3 au 7 août 2026 à Dakar, a rapporté seneweb.
L’événement est porté par le Laboratoire de biotechnologies végétales du professeur Diaga Diouf de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), en partenariat avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Il s’inscrit dans le cadre de l’initiative Atoms4Food, lancée en 2023 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’AIEA. Il rassemble des responsables d’universités, des directeurs de centres nationaux de recherche agricole, des doyens de facultés ainsi que des experts issus de 34 pays africains.
L’objectif est de promouvoir l’intégration des sciences et des technologies nucléaires dans les systèmes agricoles africains, notamment à travers l’adaptation des formations universitaires aux besoins du secteur. « Nous devons intégrer les technologies nucléaires dans nos programmes d’enseignement. Elles peuvent être utilisées dans l’amélioration des plantes, la santé des sols, mais également dans le domaine de l’aquaculture », a expliqué le Pr Diaga Diouf. Selon lui, les applications de ces technologies sont nombreuses.
Elles permettent notamment de développer de nouvelles variétés végétales plus résistantes aux maladies et à la sécheresse, d’optimiser la gestion de l’eau et des sols, de lutter contre les insectes ravageurs, d’améliorer la santé animale, de renforcer la sécurité sanitaire des aliments et de réduire les pertes post-récolte. Ces dernières constituent un défi majeur pour le Sénégal. Chaque année, d’importantes quantités d’oignons, de pommes de terre, de mangues, d’oranges ou encore de produits halieutiques sont perdues faute de solutions de conservation adaptées. Cette situation affecte les revenus des producteurs et contribue à une forte volatilité des prix sur les marchés.
Le Sénégal mise sur les technologies nucléaires pour renforcer sa souveraineté alimentaire
Pour Abdou Salam Ndiath, chef de section à la Division Afrique du Département de la coopération technique de l’AIEA, les techniques d’irradiation représentent une solution efficace. « Elles permettent de stériliser les aliments en éliminant les germes, ce qui prolonge leur durée de conservation », a-t-il indiqué, soulignant leur intérêt pour limiter le gaspillage alimentaire. Représentant le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le Pr Hamidou Dathe a insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les universités, les centres de recherche et les institutions publiques afin de favoriser l’adoption de ces innovations.
Selon lui, les technologies nucléaires ont déjà démontré leur efficacité dans la création de variétés à haut rendement, capables de mieux résister aux déficits pluviométriques, tout en améliorant la fertilité des sols et l’utilisation des engrais. Il a toutefois estimé que ces avancées ne produiront des résultats durables que si les établissements d’enseignement supérieur et les systèmes nationaux de recherche agricole travaillent en étroite collaboration pour former les futurs spécialistes du secteur.
Le Sénégal dispose déjà de plusieurs acquis dans ce domaine, notamment grâce à ses institutions de recherche et à l’introduction de formations universitaires spécialisées, telles qu’un master en nutrition humaine et techniques nucléaires ainsi que des modules consacrés à l’hydrologie isotopique et à la mutagénèse. Les autorités souhaitent désormais renforcer cette dynamique afin de faire des technologies nucléaires un levier d’innovation au service de la souveraineté alimentaire et du développement durable de l’agriculture sénégalaise.
Sandrine KOUADJO