La délégation de VEGEPOLYS VALLEY s’est rendue en Côte d’Ivoire du 16 au 19 juin 2026. Le vendredi 19 juin 2026, elle a effectué une tournée, où elle a visité et échangé avec les professionnels du secteur végétal. L’objectif était de bien comprendre les défis, les méthodes et les occasions de développement de ce secteur, qui sont très importants pour l’économie de la Côte d’Ivoire.
La ville de Dabou située à une cinquantaine de kilomètres de la capitale abidjanaise a constitué la première étape de cette tournée. Dans cette localité, la délégation conduite par Claudia De Oliveira Ramos, Responsable des Projets et Réseaux Internationaux de VEGEPOLYS VALLEY et composée de représentants des pôles recherche, secteur privé et formation a visité l’exploitation agricole de la Société coopérative de production vivrière des Grands ponts (SCOOP-PROVIG).
Regroupant 171 personnes réparties à travers la Région et villages environnants. Elle existe depuis 2018 d’abord en tant que groupement avant de migrer en société coopérative depuis 2020. Comme l’explique son président, Kiema Oumarou, « la coopérative a pour activité principale la culture vivrière, du maraîcher ainsi que l’élevage ». Et le président, Kiema Oumarou, de poursuivre en ces termes : la SCOOP-PROVIG veut être une référence en matière de produit bio, raison pour laquelle elle produit également certaines spéculations bio. Cette immersion a été pour les membres de la COOP PROVIG d’égrener quelques difficultés liées à leur activité notamment, les zones humides à l’excès qui empêchent la production de tomates, la disponibilité des intrants, le besoin en fonds de roulement pour faire fonctionner l’activité, ce qui nécessite l’existence d’une trésorerie pour prendre en compte certaines charges, les imprévus, le manque de formation des acteurs.
Le président affirme que la coopérative a bénéficié de certains projets de l’Etat, cependant il existe encore des défis à relever. A la coopérative, la délégation de VEGEPOLIS VALLEY a recommandé la formalisation de l’ensemble des membres qui favorisera beaucoup plus de capitaux qui vont permettre de décupler la production. En termes de perspective, la SCOOP PROVIG annonce l’ouverture prochaine d’une boutique paysanne pour faciliter la commercialisation des produits des membres de la cette coopérative.
Après Dabou, cap est mis sur N’Gbavia à une centaine de kilomètre d’Abidjan dans la localité de Toumodi, cette zone réputée pour ses vastes domaines agricoles et fonciers a été choisie par Patricia Zoundi Yao pour y installer son entreprise agricole. Dénommée « Canaan land », elle y pratique à la fois la culture sous serre et plein champ. L’organisation qui y règne dénote de l’abnégation de la propriétaire et du sérieux qu’elle met dans son activité. Une zone dédiée exclusivement au triage des récoltes, des panneaux d’indications sur les dispositions à prendre avant d’y accéder ainsi que les actions à proscrire. Des fiches techniques apposées sur les arbres informent le visiteur sur les propriétés de chaque espèce. Un code QR y figure pour accéder à des informations supplémentaires.
Sur le site on dénombre au total 13 serres d’une surface de 250 mètres carrés chacune où sont cultivés melon, concombre, tomate cerise, poivron. Ces produits sont commercialisés dans les grandes surfaces de la capitale économique et des restaurants réputés. Pour Kouakou Sandrine responsable des serres, « ce type de culture a des avantages, notamment l’absence d’effort, l’absence de maladie du sol, la culture contre saison, cependant l’installation du dispositif est onéreuse ». Quant à Mme Zoundi, elle a réservé une surface cultivable de 2 hectares donc un hectare sert à la culture de l’Aubergine, de gombo, de la pastèque et de la courgette.

La professionnalisation des agriculteurs, une nécessité
Yamoussoukro, Région des Lacs, au centre du pays, l’étape suivante a permis aux membres de VEGEPOLYS VALLEY de découvrir l’univers de SUPAGRO, une école qui forme aux métiers de l’agriculture. Située dans la bourgade de Zatta, à une dizaine kilomètres de la capitale politique ivoirienne, la zone pour établir ce temple du savoir agricole n’est pas fortuit. Nichée en pleine brousse, plantations à perte de vues, sentier caillouteux. Tout a été pensé pour immerger les apprenants dans l’univers champêtre. Déconnectés des distractions de la ville, ils sont confrontés dès leurs premières années d’apprentissages aux réalités du monde agricole. Ce site de 18 hectares abrite les salles de cours, les salles de machines, les locaux de l’administration, la cantine, les dortoirs des étudiants, le champ d’expérimentation et une usine en cours de construction. Un total de 26 étudiants en présentiel et une quarantaine en distanciel constituent l’effectif de cette école, selon la direction des études.
Les filières de cette école sont l’Agriculture tropicale production végétale (ATPV) et l’Agriculture tropicale production animale (ATPA) pour les BTS et la filière Agriculture durable et développement pour la licence. Hermann Kouassi, le Directeur de SUP AGRO explique que l’école est une entité de « Neper venture, un véhicule financier qui lève les fonds. Il dispose de deux entités en son sein à savoir, SUP AGRO l’école qui est une solution aux défis de professionnalisation des agriculteurs, et Neper Farmers qui est un agrégateur chargé d’accompagner les acteurs agricoles pour racheter leurs productions et faire également des spéculations par rapport au marché international ». « On met en place l’école, et dans l’école on a deux projets, soit accompagner certains étudiants à être entrepreneurs en les installant et les finançant pour qu’ils apportent la matière première et ont permet à d’autres d’être formés pour aller travailler dans ces unités » explique-t-il.
Dans le champ d’expérimentation d’un hectare, les étudiants cultivent des spéculations comme le tournesol et le soja qui seront transformés dans une usine qui est en cours de construction sur le site de l’école. La délégation de VEGEPOLYS VALLEY a exhorté les étudiants à faire bon usage du savoir dispensé et à encourager chacun à persévérer dans la voie choisie.
Le domaine de Kouadio Kan a été la dernière phase de ce périple. Grand producteur de maraîcher. Sur sa parcelle, il possède une dizaine d’hectares de surfaces irriguées et cultive également des haricots, des aubergines, du gombo.
Cette exploitation qui est un véritable atout est confrontée aux effets du changement climatique qui impactent les productions et influencent les prix des différentes spéculations.
« Cette année on a connu de pics de prix des légumes que nous n’avions pas. Le sac de piment est monté à 170 000 FCFA, le kilogramme de la tomate jusqu’à 1600 FCFA. Il y a vraiment des défis sur les questions de recherche, développement, et aussi des semences. Ceux qui ont pu », a expliqué Kouadio Kan.
Il a également évoqué des problèmes de mécanisation agricole qui est commun à l’ensemble des acteurs de l’agriculture en Côte d’Ivoire. Elle s’avère nécessaire car nécessitant peu de mains d’œuvre, mais le coût onéreux des engins demeure un obstacle qui peut être levé grâce à une volonté politique accrue pour ce pan hélas négligé.

Cette tournée dans les exploitation agricoles et école de formation a permis à la délégation de VEGEPOLIS VALLEY d’avoir une vision réelle des défis majeurs du végétal en Côte d’Ivoire et d’ajuster ainsi les projets, partenariats et missions.
Mireille Yapo